Calvitie de la Butte Montmartre

Fumeur de tabac pauvre aux coulisses du rêve

Vieux mais non pas vieilli loin de la vérité

Je traîne mes souliers sur le pavé des grèves
Que bat le flot de la cité.

 Ma jeunesse a fleuri le long des palissades
Où chante dans sa cage ultime un merle blanc
Ma guitare nocturne a gratté des ballades
J'ai le cœur vide maintenant !

J'ai savouré le spleen que ton granit vanna
Escalier sans répit planté de réverbères
Et mon chapeau auréolé de nirvanas
L'a redescendu solitaire.

 L'aventure, ô mortel, a passé sur ma butte

Un seul moulin à vent tourne l'aile sans bruit.
Il ne reste à mon blé que de noires cahutes,

Greniers que l'on emplit la nuit.

 Max JACOB

(né en 1876, mort pour la France en 1944 au camp de Drancy)